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Plaidoyer pour l’humanisation des rites de veuvage : Le CIPCRE, l’ALVF, le CMO et l’UE main dans la main

Dans le cadre du projet de plaidoyer, structuration et accompagnement des communautés locales pour l’humanisation des rites de veuvage, un atelier de sensibilisation/information des autorités locales sur la condition socio-économique et juridique de la veuve a eu lieu le 8 avril 2015 à l’hôtel Mbatkam à Bafoussam en partenariat avec le Club Média Ouest (CMO), l’Association de Lutte contre les Violences faites aux Femmes (ALVF) et avec le soutien financier de l’Union Européenne (UE). Retour sur cette rencontre.

C’est depuis de nombreuses années que le Cercle International pour la Promotion de la Création(CIPCRE) œuvre pour l’humanisation des rites de veuvage. Après avoir sensibilisé les populations des différentes villes du Cameroun, des actions ont été concentrées dans certains villages en vue de toucher du doigt le phénomène et d’agir pour obtenir des impacts concrets sur le terrain. Ces actions ont abouti à l’adoption d’un code coutumier des rites de veuvage dans 7 villages pionniers : Bapa, Baham, Bahouan, Bahouoc, Bamendjo, Bamessingué et Ngonebok. Depuis janvier 2015 et dans le cadre du projet intitulé « Plaidoyer, structuration et accompagnement des communautés locales pour l’humanisation des rites de veuvage », le CIPCRE renouvelle cette même expérience dans 8 autres villages de l’Ouest, ceci avec le concours financier de l’Union Européenne.

L’atelier de sensibilisation/information sur la condition socio-économique et juridique de la femme a eu lieu à l’hôtel Mbatkam le mercredi 8 avril 2015. Ces travaux d’informations en présence de 46 participants au rang desquels 27 autorités administratives (12 femmes et 15 hommes) et 19 organes de presse.

L’objectif global de l’atelier était de susciter l’adhésion des autorités locales à la mise en œuvre du projet et de susciter de leur part des décisions en faveur de l’amélioration du statut socioéconomique des veuves.

Quant aux objectifs spécifiques, il s’est agi:

-          D’amener les participants à questionner le cadre juridique et institutionnel de promotion et de défense des droits de la veuve et à faire des recommandations pour l’améliorer ;

-          D’informer ces autorités locales sur les difficultés quotidiennes de la veuve et les violences dont elles font l’objet notamment lors des pratiques de veuvage ;

-          D’amener les autorités à prendre des mesures pour alléger les procédures aux dossiers administratives des veuves afin de faciliter l’accès de ces dernières à leurs droits ;

-          D’amener la communauté médiatique régionale et locale à s’approprier la problématique de l’humanisation des rites de veuvage et d’amélioration du statut de la veuve ;

-          D’améliorer la connaissance de ces autorités sur le projet et obtenir leur implication dans la mise en œuvre.

 

Phase protocolaire

L’installation du représentant du Gouverneur de l’Ouest a permis de planter le décor et de lancer les travaux par les principaux protagonistes.

Le coordonnateur du CMO, dans son propos liminaire, s’est attelé à présenter le contexte de l’atelier avec les objectifs visés et les articulations des travaux de la journée.

Le Directeur Général du CIPCRE, quant à lui, tout en appelant à l’adoption des résolutions fortes et concrètes au terme de l’atelier, a fait un diagnostic assez complet de la situation de la veuve au Cameroun.

La présentation du projet a été faite par le coordonnateur technique. Ce dernier est revenu sur le contexte de l’atelier, de même qu’il a retracé l’histoire de la lutte engagée par le CIPCRE pour l’humanisation des rites de veuvage et présenté quelques-uns des résultats obtenus dans la région de l’Ouest et même en dehors.

La représentante de la délégation de l’Union Européenne a tenu à présenter le programme de l’Union Européenne qui soutient cette initiative de la société civile. En effet, a-t-elle dit, ce projet s’inscrit dans la thématique « démocratie et droits de l’homme ». Les différentes thématiques de l’union européenne sont fonction de la situation ou du contexte du pays. Elle a invité les participants à visiter le site web de l’UE pour de plus amples informations.

La première adjointe au préfet de la Mifi, représentante du Gouverneur, a fait une présentation de l’état de lieux des rites de veuvage au Cameroun, remercié l’Union Européenne pour son appui à la société civile avant d’ouvrir officiellement les travaux de l’atelier.

Exposés et débats

Exposé sur le statut socioéconomique de la veuve et cadre juridique

L’honneur est revenu au Délégué Régional du MINPROFF de prendre la parole pour présenter le premier exposé sur le statut socioéconomique de la veuve et le cadre juridique. Après avoir déroulé l’état de dénuement dans lequel se trouve généralement la veuve dans notre pays et la stigmatisation dont elle est souvent l’objet, il a déploré l’absence du Code de la Famille et surtout d’une législation spécifique relative aux violences sexo-spécifiques, toutes choses qui concourent à la dévalorisation de la veuve au Cameroun.

De nombreuses questions lui ont été posées pour lui permettre de mieux éclairer l’auditoire notamment sur l’oralité des traditions qui fondent les rites de veuvage, le droit à la pension du mari décédé, l’information des enfants sur les rites de veuvage, la nécessité d’accorder à la veuve une assistance juridique, la collaboration entre le droit coutumier et le droit moderne. A toutes ces questions, le Délégué a apporté des réponses satisfaisantes. L’oralité qui fonde les rites de veuvage peut constituer une arme redoutable entre les mains des traditionalistes purs et durs dans la mesure où ils peuvent s’en prévaloir pour défendre n’importe quelle thèse. Pour ce qui est du droit à la pension, cette question est réglée par la loi. Le Délégué a reconnu que dans le cadre de l’éducation à la citoyenneté, il faille éclairer les enfants sur les questions d’atteinte aux droits de l’Homme, dont une mauvaise pratique des rites de veuvage peur être l’expression. Il a insisté sur le fait que la veuve démunie a pleinement droit à l’assistance juridique, même si seules les veuves qui disposent d’un acte de mariage sont effectivement suivies officiellement. Mais les ONG suppléent à cette distorsion, elles qui apprécient les cas, les discriminent et les traitent. Pour terminer, le Délégué a souhaité que le droit positif donne la main au droit coutumier pour défendre la dignité de la veuve.

Exposé sur les rites de veuvage dans la société traditionnelle africaine : du symbole à la perversion

L’exposant, Sa Majesté David Simeu, Roi des Bapa a présenté les quatre aspects de la symbolique des rites de veuvage :

-          La neutralisation de la mort face aux interrogations qui s’ouvrent (les morts ne sont pas morts) ;

-          La réintégration de la veuve à la vie (la vie continue après la mort) ;

-          La libération de la veuve (la veuve et les enfants demeurent dans la concession à travers le lévirat) ;

-          L’esthétique de la vie (la danse, les tenues d’apparat…).

Puis il a expliqué que cette symbolique a été pervertie en le montrant par des exemples de violences puisées dans trois départements de l’Ouest (Mifi, Bamboutos et Ndé). Il a, pour terminer, encouragé à extirper des pratiques ancestrales tout ce qui les déshumanise. Qu’est-ce qui peut arriver à la veuve qui refuse de se plier aux rites ? Comment se passe le lévirat en pays Bamiléké ? Qu’est-ce qui justifie les différences de traitement du veuf et de la veuve ? Que faire pour ne pas mettre les officiantes des rites de veuvage au chômage ? Quel peut être le rôle de l’Eglise dans l’humanisation des rites de veuvage ? Telles sont quelques-unes des questions posées à la fin cde cette intervention.

Dans les réponses, il a été dit que rien ne pourrait arriver à la veuve qui refuserait les rites. Il suffirait tout simplement qu’elle soit en paix avec sa conscience, ce qui n’est toujours pas évident quand tout autour d’elle, les gens ne partagent pas les mêmes idées qu’elle. Le lévirat, c’est l’obligation qui est faite à la veuve d’épouser un des frères ou cousins du mari décédé. Dans la société traditionnelle, il avait une autre fonction : faire en sorte que les orphelins aient un père et la veuve un consolateur. Actuellement, le phénomène tend à se réduire et la veuve a la possibilité d’épouser qui elle veut. La différence de traitement entre le veuf et la veuve découle de ce que ce sont les hommes qui sont à l’origine des traditions. Ils les façonnent ainsi à leur avantage. Pour occuper les officiantes des rites de veuvage, il importe de créer à leur profit des activités génératrices de revenus (AGR) ou de leur en donner les moyens. En réponse à la dernière question, il a été retenu que l’Eglise là où elle peut, doit tendre la main à la tradition pour voir comment, avec elle, collaborer pour que les veuves souffrent moins dans leur chair dans ce difficile moment où elles ont perdu leurs époux. C’est déjà le cas dans les zones du Centre, du Sud et de l’Est.

Recommandations pour l’action

A l’attention des administrations publiques, des organisations de la société civile et des chefferies traditionnelles, les recommandations suivantes ont été faites  pour l’humanisation des rites de veuvage :

-          Mettre à contribution les spécialistes de l’Etat pour appuyer les OSC ;

-          Soutenir la collecte des données de terrain sur les rites de veuvage ;

-          Mettre des garde-fous assortis de sanctions pour les mauvaises pratiques des rites de veuvage ;

-          Formaliser autant que possible les us et coutumes et notamment dans le domaine des rites de veuvage ;

-          Intensifier des sensibilisations auprès des populations sur les droits des veuves ;

-          Renforcer les synergies avec les médias pour l’information aux droits des veuves ;

-          Rendre plus visibles les SAS auprès des tribunaux et des unités de police :

ü  Panneaux signalétiques pour indiquer le SAS et le rendre visible;

ü  Signaler les difficultés rencontrées au greffe à la hiérarchie pour limiter les arnaques ;

ü  Veiller à ce que les dépenses pour obtenir le jugement d’hérédité exclusivement celles prévues par la loi (moins de 4 000 F) soient respectés ;

-          Travailler en synergie avec le DDMINPROFF/Ndé qui a déjà un point focal d’assistance aux veuves pour leur réclamation ;

-          Les centres sociaux doivent appuyer les actions de sensibilisations sur le terrain lors des journées commémoratives et des médiations familiales ;

-          Créer une équipe au niveau du Parquet pour faciliter les diligences liées aux problèmes sociaux ;

-          Institutionnaliser une rencontre de sensibilisation et d’éducation des veuves à l’occasion du 23 juin ;

-          Appuyer la codification des rites de veuvage dans les circonscriptions administratives ;

-          Soutenir les AGR au profit des veuves et des officiantes des rites de veuvage ;

-          Les chefs traditionnels des zones du projet doivent s’engager dans le processus de codification des rites de veuvage et la mise sur pied des observatoires ;

-          Les veuves doivent se constituer en GIC ou coopérative pour bénéficier des subventions en semences améliorées et autres intrants agricoles ;

-          Encourager le dialogue entre les conjoints pour la prise des mesures préventives contre les violences liées aux rites de veuvage.

Point de presse de fin de l’atelier

Avec le DG du CIPCRE, les médias ont revisité les contours de l’atelier pour en cerner les enjeux véritables. Ensemble, ils ont sont revenus sur la nécessité de poursuivre faire le plaidoyer pour l’humanisation des rites de veuvage au Cameroun. Ils ont enfin échangé sur l’ONG CIPCRE, ses domaines d’intervention et sur les perspectives du projet de plaidoyer, structuration et accompagnement des communautés locales pour l’humanisation des rites de veuvage.

                    

Conclusion

A la fin des travaux, les participants ont partagé leur satisfaction. La mise en œuvre des engagements pris aidera à améliorer le statut socioéconomique de la veuve en attendant des changements du cadre juridique. Qu’elles soient administratives, judiciaires, traditionnelles, ces autorités sont garantes de la paix sociale et protectrices des droits des personnes vulnérables. Elles sont appelées à faire en sorte que dans la société africaine et en pays Bamiléké, il n’y ait ni veuves ni orphelins, mais des créatures de Dieu, créées à Son image.

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