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Campagne d’information sur l’humanisation des rites de veuvage : Les débats s’ouvrent dans six nouveaux villages

Dans le cadre du projet « Plaidoyer, structuration et accompagnement des communautés locales pour l’humanisation des rites de veuvage » lancée depuis janvier 2015, la plateforme CIPCRE-ALVF-CMO a organisé une série de 6 campagnes locales d’information des populations sur le projet, son contenu et ses enjeux.  Le périple a commencé dans le groupement Bafoussam le 5 mai 2015 pour finir à Bamendjinda le 17 juillet en passant par Bazou et Bangoulap 15 mai, Babété le 12 juin et Balengou le 23 juin. C’était l’occasion pour les paysans de comprendre les principales articulations du projet, de se rendre compte de l’ampleur du problème et de donner leur point de vue quant à leur rôle dans le processus d’humanisation des rites  de veuvage.
Depuis le lancement officiel du projet le 8 avril 2015 à travers l’atelier d’information des autorités au niveau régional sur la condition socioéconomique de la veuve, le CIPCRE et ses partenaires se sont lancés dans une vaste campagne d’information  des populations dans les villages concernés par le projet, premiers bénéficiaires du projet. C’était l’occasion de présenter le projet d’humanisation des rites de veuvage aux populations et de susciter leur adhésion ainsi que leur participation à sa mise en œuvre. C’était également la tribune idéale pour susciter des adhésions nécessaires à l’acceptation et à la facilitation de la démarche d’humanisation des rites de veuvage  et surtout d’échanger avec les différentes composantes de la communauté sur l’état des lieux de la déshumanisation des rites de veuvage et son ampleur. Ont pris part à ces rencontres à chaque fois, le chef Supérieur ou son représentant, les chefs de villages et de quartiers, les représentants des différentes classes de notabilité,  les leaders d’associations d’hommes et de femmes  et les officiantes connues des rites de veuvage et les veuves. À l’exception de Bazou où l’activité à eu lieu au centre ville, les Foyers des autres villages ont été sollicités à cet effet. Modéré à chaque fois par Thomas TANKOU, le Coordinateur du CMO et communicateur du projet, les rencontres ont regroupé environ 950 personnes au total dans les 6 villages et s’articulaient à chaque fois autour des interventions du CIPCRE et des Chefs de villages présents.
Engagement et disponibilité des chefs traditionnels

Dans les villages concernés, les chefs traditionnels qui ont participé personnellement aux « palabres » n’ont pas manqué d’exprimer leur fierté et satisfaction pour avoir vu leur village être choisi comme bénéficiaire du projet. Ils ont aussi publiquement marqué leur accord quant au processus d’humanisation des rites de veuvage et ont prié les populations de soutenir le projet via leur participation. Dans certains villages comme Bafoussam, Babeté et Bamendjinda, les chefs ont relevé le fait que le  projet vient à point nommé parce que des réflexions étaient déjà amorcées dans le sens de l’humanisation des rites de veuvage, mais manquaient de concrétisation et de méthode. Ils ont relevé le fait que les rites ont été modifiés au fil des ans, qu’ils ne reflètent plus leur sens originel et que des officiants véreux en ont fait un marché fructueux en exploitant  la misère et la désolation des veuves. Ils ont promis leur disponibilité pour soutenir la mise en œuvre du projet  chaque fois qu’ils seront sollicités. Les chefs ou leurs représentants ont surtout demandé aux femmes et veuves présentes de s’exprimer et de donner leur point de vue librement par rapport à ce qu’elles souhaiteraient voir améliorer dans la manière de pratiquer les rites de veuvage.

Le CIPCRE exprime sa reconnaissance aux chefs traditionnels pour leur implication dans le projet

Au début de chaque palabre, la parole était donnée au CIPCRE pour saluer les populations et situer le contexte de l’intervention. Premier moment officiel de contact, c’était l’occasion pour Mathieu FOKA, Coordinateur Technique du projet, d’exprimer la reconnaissance du CIPCRE vis-à-vis des chefs traditionnels qui se sont activement impliqués dans le processus de mobilisation des populations. Il a salué l’initiative de co-signature des invitations ainsi que le dispositif logistique déployée par chaque chef. Il est revenu sur l’atelier de formation des chefs traditionnels sur les mécanismes d’humanisation des rites de veuvage pour apprécier la pertinence des résolutions qui avaient été prises.
Exposé technique sur le projet
Le point principal au programme des palabres était l’exposé technique sur la présentation du projet, l’explication de la problématique de la déshumanisation des rites de veuvage, l’expérience du CIPCRE pour l’humanisation des rites et le rôle d’un code coutumier des rites de veuvage.
Pour ce qui est de la présentation du projet, l’orateur, à savoir Mathieu FOKA, est parti de la présentation du contexte d’intervention marqué par les discriminations et violences à l’endroit des femmes, la pesanteur des us et coutumes et les méfaits de la société patriarcale pour présenter la problématique les différentes étapes, les stratégies, les partenaires techniques et financiers ayant fait confiance au CIPCRE et les villages déjà touché. Par la suite, le coordinateur technique du projet a présenté les objectifs, les résultats et les principales activités devant faire l’objet du projet de « Plaidoyer, structuration et accompagnement des communautés locales dans l’humanisation des rites de veuvage ». Il s’est surtout attardé sur les nouvelles stratégies à utiliser notamment la participation, les nouveaux villages bénéficiaires, le détail des groupes cibles et la durée de l’intervention avant d’expliciter la problématique, la typologie des violences liées aux rites de veuvage, l’expérience du CIPCRE dans la lutte pour l’humanisation des rites de veuvage et la place des codes coutumiers dans cette lutte.
S’agissant de l’explication de la problématique, l’exposant est revenu sur la portée symbolique des rites de veuvage à travers ses quatre cercles de signification. D’abord, la neutralisation de la mort par laquelle on apprend à la veuve à comprendre que malgré les affres de la mort, elle doit pouvoir trouver la force nécessaire pour continuer de vivre pour elle-même et pour ses enfants. Ensuite, la réintégration de la veuve par laquelle la veuve est amenée à retrouver une nouvelle place dans la famille même de son mari où elle a un nouveau père pour ses enfants. Ce cercle de signification énonçait une vérité fondamentale qui est la suivante : « En Afrique, il n’y a ni veuve, ni orphelin ». Par ailleurs, un autre cercle était celui de la libération de la veuve par laquelle les rites permettaient à cette dernière d’être libre d’assumer son avenir comme elle veut sans rupture avec la famille de son défunt mari. Enfin, les rites renvoyaient à la célébration de l’esthétique de la vie. La veuve était  parée de ses plus beaux vêtements, de ses bijoux les plus chers pour réapprendre à apprécier la vie avec tout ce qu’elle a de beau et de sublime. Selon M. FOKA, se sont ces sens symboliques qui ont été perverties au fil des ans et les rites de veuvage sont devenus des espaces de violences et de tortures pour les veuves ; des occasions de règlement des comptes.

 Les violences liées aux rites veuvage sont de plusieurs ordres. D’abord physiques  à travers des pratiques telles que : dormir à même le sol, recevoir des coups de fouets chaque matin, marcher pieds nus, ne pas se laver, ne pas changer de vêtements ou encore ne pas faire sa toilette intime, manger des aliments secs et dans une assiette sans la laver, être rasée avec les tessons de bouteilles, etc. Ensuite des violences morales : le fait de simuler les rapports sexuels en public, les pleurs pendant les nuits, les privations de politesse, les menaces de mort, les accusations mesquines par la belle famille, déchirer ses habits en signe de détresse, se faire raser les parties intimes par le sexe opposé, lavage dans la porcherie et dans la rivière, etc. Enfin les violences économiques notamment les taxations exorbitantes par les officiantes, l’expropriation, l’escroquerie et expulsions.
Par rapport à l’expérience du CIPCRE dans la lutte pour l’humanisation des rites de veuvage, l’exposant a utilisé les images sous diapositives pour illustrer les actions déjà réalisées depuis 2005 notamment :  conférences grand public, formation des groupes cibles, communication, structuration et accompagnement des groupes locaux, plaidoyer auprès des chefs traditionnels et des autorités administratives pour l’adoption des mécanismes locaux d’humanisation des rites de veuvage et renforcement du cadre juridique de protection de la veuve, accompagnement de 07 villages dans l’adoption des codes coutumiers des rites de veuvages  (Bamendjo, Baham, Bahouan, Bapa, Bahouoc et Bamessingué et Ngonebok), mise sur pieds et accompagnement des observatoires des rites de veuvage dans les villages concernés.
Enfin, concernant le rôle d’un code coutumier des rites de veuvage, l’orateur a relevé l’aspect de conservation du patrimoine historique, c'est-à-dire garder l’authenticité des faits historiques relatifs aux rites de veuvage, retracer l’histoire depuis l’antiquité pour les générations futures. Le code permettra aussi d’uniformiser les rites car les officiantes les appliquent selon les familles ou selon leurs rapports personnels avec la veuve. Le code coutumier sera un outil de promotion des droits humains et de valorisation du  patrimoine culturel.


Des échanges constructifs
Après la présentation du contenu technique pour laquelle les populations ont marqué une attention soutenue, il leur était revenu d’apporter leurs contributions sous formes de questions, de commentaires ou de témoignages. Dans l’ensemble, les interventions ont porté sur les aspects suivants :

  • - L’initiative est très appréciée dans la mesure où elle met un accent sur un point crucial concernant l’être humain affligé par le décès de son conjoint. Il n’est donc pas question que les rites demeurent l’occasion de règlement des comptes avec la veuve.

- Le projet est davantage bienvenu parce que  soutenu entre autres, par le chef supérieur de chaque localité concerné.

- Les rites de veuvage concernent autant la femme que l’homme. Il est vrai que les femmes sont au centre, mais il serait aussi intéressant de dire aux hommes dont les épouses sont décédées comment vivre leur rite.
- Le code des rites de veuvage étant un document très intéressant, il doit avoir une valeur juridique et être conforme aux lois de la République afin de ne pas subir de contestation. Il est ainsi demandé de bien travailler un tel document avec des experts.
- Du moment que le projet ne vise pas l’éradication complète des rites, il sera plus facile de communiquer avec toutes les couches de la population.
- Puisque les rites du non respect des rites de veuvage sont graves pour la femme, que faire pour éviter ce revers ?
- Il ya des aspects des rites qui ne sont plus conformes à l’air du temps  avec les conditions de santé qui sont devenues précaires : dormir à même le sol, marcher nue pour aller à la rivière, récupération des biens par la belle famille, marchandage par certaines officiantes, mauvaises conditions d’hygiène,  non uniformisation,  longue durée, rasage des parties intimes, et  sortie de la veuve au marché avec un panier et un sac, exposition de la nudité de la femme,  etc.


En conclusion, la campagne d’information dans les 6 villages a été l’occasion pour l’équipe du projet de prendre la température de l’acceptation du projet par les bénéficiaires ainsi que son niveau de pertinence vis-à-vis des problèmes réels rencontrés par les veuves. Les « palabres » étaient également l’occasion de présenter les animateurs endogènes aux populations. Tous les chefs de village rencontrés ont donné leur accord de principe pour soutenir l’humanisation des rites dans leur village. Reste à voir par la suite comme cela se matérialisera concrètement.

 

 

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